lundi 9 juin 2014

Ecrire, pour exorciser.

Et vous, qu'est ce que vous feriez si un incendie se déclarait dans votre immeuble ? 
Vous emporteriez quoi ?

Dimanche soir, 23h. La nuit précédente je me suis couchée avec le lever du soleil. Je suis KO. La douche rafraîchie les 30 degrés et la moiteur de la journée, dans ma salle de bain la radio est en fond sonore. C'est les infos du soir. La France a gagné 8-0 face à la Jamaïque, et un incendie à Aubervilliers à fait 2 morts dont une femme enceinte.

Et moi, qu'est ce que je ferais si un incendie se déclarait dans mon immeuble ? 
J'emporterais quoi ?

J'habite Paris, un des ces immeubles un peu vétuste où la cage d'escalier tourne sur elle même pour mener vers l'unique sortie, où les planchers en bois craquent, où l'on entend très bien ce qui se passe chez les voisins du-dessus, et même, dans l'immeuble d'à-côté. Le genre d'immeuble où tout irait très vite en cas d'incendie.
Alors forcément, en allant retrouver mon lit tant attendu hier soir, je me dis que... je prendrais mon nounours.
Oui.
C'est sur.

Un peu plus tard dans la nuit.
Le livre est posé près de  mon oreiller, le sommeil m'a emporté avant même que je n'ai la force de le pousser plus loin. Mais je suis sortie de mes rêves par les bruits d'objets qui tombent, déboulent. Le bruit est fort. Comme un flot continue de casse. Ça vient d'au dessus ? Non. A-côté. L'immeuble d'à-côté.
Un bruit de verre. Comme une explosion de fenêtre.
Des cris, dehors. Une voisine en appelle une autre.
Je suis réveillée. Pour de vrai.
La fenêtre de ma chambre est bloquée par une tringle à rideau cassée depuis un an et demi (cherche personne manuelle et outillée pour venir réparer un jour où je prendrai le temps de m'en occuper), je me dirige vers celle à sa droite, dans ma salle de bain et passe une tête vers l’extérieur.
Des flammes. Ni plus ni moins. Elles font plus d'un mètre et sortent de l'appartement à ma gauche. A 2 mètres de moi, 3 tout au plus. De l'autre côté tout juste d'un mur contre lequel je dormais 30 secondes plus tôt. Je prends un coup de chaud. Et mon cerveau se vide.

Instinctivement je sais que ce n'est pas mon immeuble, que ça va aller. Mais mes jambes me portent à peine et je n'arrive plus à réfléchir.
Sortir.
Évacuer.

Et moi, qu'est ce que je ferais si un incendie se déclarait dans mon immeuble ? 
J'emporterais quoi ?

Je passe un trench sur mon pyjama, rentre mes pieds dans les premières chaussures que je trouve, attrape mon sac, mon portable, mon chargeur, mes clés. On commence à crier "Au feu" dans la cage d'escalier. Je joins le mouvement en fermant la porte derrière moi.
J'arrive en bas, je lève les yeux, mes voisins sortent eux aussi. Je peine à prendre ma respiration. J'ai peur. Pour de vrai. Comme rarement j'ai eu peur. Une peur physique avec les mains qui tremblent et le regard un peu perdu de la myope sortie sans ses lunettes.
Les flammes grossissent, ça crie, on a appelé les pompiers, je réalise bêtement que j'ai laissé ma lumière de salle de bain allumée, la fenêtre ouverte. Je m'éloigne. Il se passe entre 3 minutes et une demi-heure (sûrement quelque part entre les 2), je ne sais plus, le temps me parait une éternité avant que n'arrivent les pompiers.

J'appelle une amie et bénis le fait qu'elle décroche malgré minuit passé. Mes voisins ont beau être tous extrêmement bienveillants, plus ou moins aussi choqués que moi, partageant des tenus improbables, certains même pieds nus, mon indépendance a beau me porter dans ma vie de tous les jours, je me sens terriblement seule.
Elle arrive, elle est là. Et elle restera avec moi pendant l'heure et quelque nécessaire à calmer le jeu avant que la police nous autorise à rentrer chez nous.

Une heure et quelques en pyjama, dehors. Et les éclairs qui illuminent le ciel. Puis vient la pluie. Puis des trombes d'eau. De la grêle peut être même aussi. Nous restons 30 minutes abritées sous le auvent de la pizzeria / panini / fastfood violette 50 mètres plus hauts. 

Les pompiers sont en action. Et damned ils ont la sexitude des héros du soir. Le monde est flou (myope / pas de lunettes), ils me semblent avoir 25 ans maximum, je suis en pyjama. OK, c'est pas cette nuit que je vais draguer (ne jamais perdre le nord). Mais promis la prochaine fois que, comme samedi, l'un d'eux me propose de participer à leur tombola, je leur achète leur carnet en entier pour changer de mon habituelle réponse négative.
La police est à l'écoute, ferait même presque des blagues pour détendre l'atmosphère. Des blagues qui succèdent à ces phrases, toutes faites mais que je m'autorise pour leur justesse et que l'on partage entre gens en pyj : "ça fait relativiser", "ce n'est que du matériel, heureusement personne n'est sérieusement blessé", "ça peut aller tellement vite", "c'est là qu'on réalise à quel point la vie est précieuse"...

Je finis par réintégrer mon appart, le temps juste de valider que tout va bien, que je peux fermer mes fenêtres, que le mur n'est pas chaud. La copine m'emmène chez elle. Il n'est pas envisageable d'être toute seule chez moi cette nuit.

J'ai dormi quelques heures à peine et repris possession de mon chez moi ce matin. Dans le passage en bas des objets carbonisés en tout genre jonchent le sol. Les pompiers ont vidés l'appartement en question et les services de la mairie font le grand déblayage. Une odeur âcre a envahie les lieux, mon appartement aussi.

Je préviens les proches. Histoire de...
J'appelle mes parents. Quitte à revenir à l'essentiel...

Et puis j'écris. Pour éviter de transformer la vision de ces flammes, à quelques mètres tout juste de moi, en un petit démon rongeur qui viendrait me hanter les soirs d'insomnies.

Oui la vie est courte, peut basculer en 5 minutes, en une nuit, ou même plus vite, ou même en plein jour. Pour plein de raisons possibles. Ce n'est pas un bon moteur que de penser ainsi, j'en suis persuadée.
Mais, s'il en était besoin, ça me rappelle qu'il est grand temps de changer certaines choses.
D'autres histoires en perspective.

Ce qui est rassurant dans celle là d'histoire : c'est que comme un réflexe, la première chose que j'ai récupéré et mise dans mon sac la nuit dernière, au moment d'évacuer et de laisser derrière moi un peu toute ma vie, c'est mon nounours. The one and only, cadeau de naissance de mon arrière grand-mère, qui partage mes nuits depuis 30 ans (il était temps que je fasse mon coming out). Même quand mon cerveau se vide, je reste cohérente avec moi-même.

Alors je vous le demande,
Et vous, qu'est ce que vous feriez si un incendie se déclarait dans votre immeuble ? 
Vous emporteriez quoi ?

xxx

2 commentaires:

Tinhy a dit…

Ton texte fait froid dans le dos. On pense toujours que ce genre de choses n'arrive qu'aux autres et puis finalement...
Je pense que je prendrais mon "doudou" clown qui est également un cadeau de naissance, ma boîte à musique et aussi matériel que cela va paraitre, je prendrais aussi mon ordinateur portable parce qu'il y a ma vie dedans.
Même si tout est matériel, rien que de penser que je pourrais perdre tout ce que j'ai dans ma chambre me met les larmes aux yeux. Je suis une personne beaucoup trop attachée aux souvenirs...

En tout cas j'espère de tout coeur que tu vas mieux.

François Guilbaud a dit…

Si tu n'as pas encore pensé à écrire un roman....je te le dis : do it !
Ton histoire est réelle et je viens de la vivre !